L’histoire de Gossas

La ville est créée par Mor Khoudia Badiane, roi de N’doth, royaume situé dans le Djolof sous l’ordre de El-hadji Malik Sy, chef religieux qui l’a converti à l’islam à Saint-Louis. Il s’y installe avec les disciples du cheikh et pratique l’enseignement coranique, l’agriculture et l’élevage. Son frère prend la direction du royaume de N’dothe.

Administration

Gossas est le chef-lieu du département du même nom département de Gossas. C’est l’une des trois entités qui forment la région de Fatick.

Géographie

Gossas se trouve entre Diourbel et Kaolack.

Les localités les plus proches sont Diamaguène, Gapassel, Toure, Teourou Kossom, Tewerou MBaye, Keur Bala, Mbos Niomboul, Khayane Mouride (fondé par Serigne Mor Talla Seck sous le ndiguel de Cheikh Ahmadou Ndiaye Niayes) et Khayane Bambara.

Population

Lors des recensements de 1988 et 2002, la population était respectivement de 9 289 et 10 548 habitants.

En 2007, selon les estimations officielles, la ville compterait 11 624 personnes.

Activités économiques

Agriculture : production d’arachide, de mil et de maïs
Élevage de bovins, d’ovins et de caprins
Commerce de diverses marchandises et grand marché hebdomadaire le samedi dans la périphérie est à Saam.

Érigé en chef-lieu administratif depuis le début du 20e siècle, Gossas ne s’est jamais paré d’un caractère véritablement urbain. Traversée par la route nationale n°3, cette ville carrefour, qui a connu une épopée glorieuse avec les chemins de fer et la commercialisation de l’arachide, a complètement manqué le virage du développement. Les différents maires qui se sont succédé à la tête de la commune ont essayé, au-delà de leurs capacités, d’insuffler un nouveau dynamisme à Gossas qui ne parvient toujours pas à retrouver son âge d’or.

L’évocation de Gossas laisse penser aux nostalgiques de la période de la prospérité, quand le chemin de fer était à son apogée. Gossas était alors une étape obligée pour le train Dakar-Bamako qui y faisait une halte. Ville cosmopolite très en vue à l’époque, Gossas vivait et respirait la prospérité. Zone tampon entre le Sine et le Saloum, Gossas était alors un important pôle commercial et rivalisait avec les grandes villes comme Diourbel, Fatick et Kaolack. Mais le déclin du trafic ferroviaire a sonné le glas de l’activité commerciale. Et Gossas n’est jamais parvenu à se relever de ce coup de massue. Aujourd’hui, Gossas offre un visage désolant et ressemble, par bien des aspects, à un gros village. Certains de ses quartiers ne parviennent toujours pas à s’extirper de leurs anciens décors qui portent jusqu’à l’heure les marques de l’époque coloniale. Au cœur de cette ville au passé riche qui incite à la découverte, les vieilles bâtisses laissent conter leur histoire. Gossas a été fondé en 1906. Cette ville, selon le notable Amadoune Mar Ndiaye, qui fut le premier adjoint au maire Seyni Ndiaye de 1975 à 2002, a été érigée en commune de premier degré en 1926 avant d’avoir un statut de plein exercice en 1960. À en croire cet octogénaire, le vrai Gossas se trouve à l’emplacement du marigot Njaluk, le site où se trouve l’Hôtel de ville. « Quand on a voulu construire le chemin de fer qui devait rallier Kaolack, ceux qui l’avaient construit en premier se sont trompés. Ils sont partis de Patar pour rallier directement Kaolack. Quand les ingénieurs sont venus, ils ont dit que le chemin de fer devait passer là où il y a le marigot, c’est-à-dire le Njaluk. C’est ensuite que la ligne a été rectifiée ; ce qui a fait que le train passe par Gossas qui est sorti de l’anonymat », précise-t-il.

Gossas a connu un rayonnement grâce à l’agriculture, l’élevage, mais aussi au chemin de fer. « Par le passé, Gossas était une ville très rurale. L’agriculture et l’élevage occupaient une place importante dans l’économie locale », explique Amadoune Mar Ndiaye. Selon lui, le vrai bassin arachidier, ce n’est ni Kaolack, ni Kaffrine, encore moins Fatick, mais bien Gossas.

Rayonnement et déclin d’une ville
« Au siècle dernier, Gossas faisait partie des localités les plus reconnues dans la production et la commercialisation de l’arachide. C’était un vrai point de ralliement pendant la traite. Avec tous les âniers, les chameliers et les charretiers conduisant les graines, on ne pouvait pas se rendre compte que tout ceci venait de Gossas », indique-t-il. La gare ferroviaire, soutient-il, a aussi joué un rôle très important dans la vie économique de Gossas, avec les nombreux mouvements qui y étaient notés. Pendant la traite, explique l’ancien adjoint au maire, les Lébous affluaient vers Gossas. « Gossas était devenu un important point de convergence. Les gens venaient de partout. Ils étaient tailleurs, commerçants, manœuvres, vendeurs de poissons. Ils s’installaient dans le village, on leur donnait des femmes et ils restaient », fait savoir l’octogénaire, témoin de l’évolution de cette ville.

Situé au quartier Escale, la gare de Gossas, qui était sur l’axe du chemin de fer Dakar-Bamako, était très stratégique. En plus de sortir plusieurs localités de la zone de l’isolement, le chemin de fer a contribué à faire de Gossas une ville très dynamique et animée. Mieux, il a été, pendant longtemps, le moteur de développement socio-économique de cette ville et toutes ces localités que traversait le train. « À l’époque où la traite de l’arachide était à son apogée, Gossas représentait un point de passage obligé pour le train ; ce qui fait que la ville a connu un développement fulgurant », indique le notable. Malheureusement, la suppression du trafic, dans les années 1980, a complètement déstabilisé le réseau marchand qui en dépendait et porté un sacré coup aux activités commerciales qui occupaient la majeure partie de la population. Depuis cette date, le train express Dakar-Bamako ne siffle plus à Gossas. Une situation que regrette Mme Marième Ndiaye et beaucoup d’habitants de Gossas qui ont vécu cette époque glorieuse. « Notre ville n’est plus desservie par le train. Cet état de fait a porté un sacré coup à l’économie locale. Quand j’étais plus jeune, j’allais à la gare aider ma mère qui achetait de la marchandise qu’elle revendait. C’était une époque de prospérité pour bon nombre de familles », se remémore cette commerçante. Selon elle, le chemin de fer a eu un impact très positif sur l’économie de Gossas et a permis la création d’emplois pour les populations locales et d’améliorer leurs conditions de vie. « Des gens sont venus de partout pour tenter leur chance. Gossas, devenu un point de convergence, débordait d’activités tous les jours ». Mais aujourd’hui, cette gare qui a joué un rôle non négligeable dans le transport des personnes et des marchandises est devenue un champ de ruines. Ces périodes fastes, les populations l’évoquent avec nostalgie.

En plus de la mort du chemin de fer, le vieux Amadoune Mar Ndiaye estime que l’avènement de l’indépendance a beaucoup contribué au déclin économique de Gossas. « Alors qu’il était en tournée à Gossas, quelqu’un a interpellé le président Senghor pour lui demander à quand la fin de l’indépendance », ironise-t-il. Gossas ne décolle pas, indique M. Ndiaye. « Tout ça, c’est une question de mentalité. Il n’y a pas de moyens, pas de ressources à Gossas. Les gens ont fui. Ils ont abandonné la ville pour aller chercher d’autres débouchés », explique-t-il.

Aujourd’hui, reconnait le vieux Amadoune Ndiaye, la commune de Gossas souffre encore d’un exode rural des plus spectaculaires et qui reste difficilement maîtrisable. « Des familles entières sont parties pour s’installer ailleurs et ont jugé meilleur d’investir là-bas », note-t-il.